mercredi 3 juin 2015

Le point ZERO en survie, ou "l'instant présent." 3/3





L'emmental et le petit bout de jambon! Comment ça marche?


Si vous lisez cet article à l’heure du repas, je vais vous donner faim ! Justement, bon exercice.

Pour schématiser très vulgairement :

Prenons un bonhomme, pour faire très simple, il a différents systèmes avec des organes dont chacun a une ou plusieurs fonctions propres. Par exemple le système digestif, prenez l’estomac le foie et le pancréas, chacun a des rôles bien définis qui vont contribuer notamment à digérer, à se protéger, etc...

Prenons maintenant l’emmental (le mental), ses fonctions vont être de réagir par réflexe, automatisme (partie moelle épinière, reptilienne..) mais il aura aussi des fonctions d’analyse, de réflexion, de rumination… Ce que je définis comme l’emmental, c’est justement cette partie d’analyse permanente, de rumination, qui cela dit en passant est consciente et inconsciente.

C’est ce que l’on appelle si bien, l’intelligence, que je différencie (que mon mental différencie) de la conscience, la sagesse.

Bref, donc le cerveau est un peu comme une machine, un organe comme un autre dont l’une de ses fonctions sert à analyser, étudier comparer et aussi à se sentir vivant (l’Ego).
La différence, c’est que l’Ego a besoin de se sentir vivant, d’exister, du coup il fait tout pour « prendre » le contrôle (illusion), pour analyser, s’occuper de mille et une manière…. Or on est vivant, pas besoin de s’en persuader.

Vous n’êtes pas votre pensée, comme vous n’êtes pas que votre estomac… Nous ne sommes pas définis par notre pensée.
Cette drôle de machine adore définir, mettre dans des petites cases, coller des étiquettes, avoir raison etc.., … écrire des articles...!

Hum Hum ! Bon, balayons un peu devant notre porte, tous ceux qui me connaissent savent que je peux être un vrai moulin à parole.


Concrètement, l'emmental et l'ego sont utiles...


Mais ils ne servent pas à grand-chose…Et les modérer évite bien des situations de drouille.

C’est un peu comme l’estomac, ça ne sert à rien de lui donner n’importe quoi n’importe comment à manger pour l’occuper (occuper le mental, ruminer), il suffit juste de comprendre comment le corps fonctionne et de lui donner de quoi vivre,… et si possible vivre agréablement, comprenez sans l’intoxiquer, le surcharger, etc…à moins d’être maso, c’est juste un choix avec ses conséquences. (je reparlerai de la nutrition dans un prochain article).


Et alors le rapport avec la survie ?


Globalement en survie travailler sur le lâcher prise c’est un très bon anti-stress, entrainé au quotidien, ça change la vie, et en situation de drouille ça aide. On devient plus conscient de ce qui se passe autour, on est moins en train de ruminer sur tout un tas de trucs (stress de toute sorte, pression sociale, conditionnements divers…) on est moins enfermé dans une bulle mentale, du coup en étant plus présent (avec les 5 sens, 6ème ?) on évite mille et une mauvaises anecdotes, on est moins pris par ses émotions et on réagit avec sang froid.

Et c'est intéressant de transmettre cela aux plus jeunes au plus tôt…

L’autre jour je donnais un atelier jardinage à des enfants de 5-6 ans sur ce qu’est une plante avec repiquage de salades et fraisiers. Sur deux heures d’intervention, on a passé 1/3 du temps à travailler la notion de conscience et d’écoute de l’autre. Les enfants se jetaient sur le sac de terreau comme une bande de loups à qui l’on n’a pas donné à manger depuis des semaines, résultat il y en avait de partout et rien dans les bacs, ils se jetaient des regards noirs pour ne pas céder le plantoir chèrement acquis… J’ai recentré plusieurs fois leurs consciences avec prise de recul sur les résultats obtenus… un foutre « bazar ! »

Mais petit à petit ils ont commencé à voir un peu plus large, à se poser, à la fin de l’atelier, ils avaient chacun un petit pot et plusieurs pots communs avec des fraisiers, des salades et quelques autres semis, tout était propre et bien rangé… Pour le « débriefing » sur la conscience de ce qui se passe autour de soi, j’ai eu quand même le droit à un bel exemple pour illustrer le tout, une petite s’est assise sur la salade d’une de ces camarades. ;O)


"Un petit peu tous les jours et pour toujours"

john Naka


Pratiquer dans la vie de tous les jours, on change carrément de regard, d’attitude… Ça permet de sacrément relativiser dans tous les domaines, sans pour autant oublier le petit bout de jambon, mais le petit bout de jambon, lui, change, car on change au cœur, au plus profond. On explose les schémas, le formatage, tout ce qui nous a conditionné depuis notre naissance à penser de telle ou telle manière.

Un ami avec qui j’ai beaucoup partagé là-dessus va souvent en Inde. Il m’expliquait un jour les différences culturelles, mais surtout leur manière de penser, de voir les choses, si différentes, ni mieux ni moins bien, juste différente. Et pas plus tard qu’hier, une autre connaissance me disait la même chose de ses 4 ans passés au Etats-Unis. On change juste d’angle de vue, et c’est très riche.

Le point zéro c’est un peu ça, accepter que les choses peuvent être différentes, ni mieux ni moins bien (c’est le mental qui a tendance à classer les choses dans des petites cases et à leur coller des étiquettes), c’est prendre la vie comme elle est, accepter sans réagir à des schémas tous programmés.

Le point zéro apporte un mieux-être global et profond de l’être. Autour de moi je vois bon nombre de gens souffrir à cause de leur conditionnement mental, notamment des proches.

C’est effarant à quel point dès notre plus jeune âge on est programmé de mille et une manières, pour être le premier, la compétition à tous les étages, écraser l’autre…. Tous les filtres les œillères que l’on nous pose dessus… « C’est bien c’est mal », « c’est sale », « c’est pas beau, », « fait comme ça » etc …

Une amie, une fois ne comprenait pas pourquoi je ne «cassais pas la gueule à l’autre », l’autre qui n’avait visiblement que foutre du respect d’autrui… Je lui ai dit simplement que cela n’a pas de sens, l’un de mes métiers c’est de soigner les autres. A quoi bon démolir quelqu’un, si je passe mon temps à donner des soins et apprendre aux gens à prendre soin de la vie ???

Tous ces formatages sont transmis généralement par des gens qui sont censés avoir dépassé cela pour permettre à celui qui est sous son aile de se réaliser en liberté. Au lieu de cela on ne transmet que des peurs et des incompréhensions, sous forme de copier-coller. Je vous donne un autre exemple, quand j’étais petit on m’a toujours dit, mes parents, mes camarades de jeu, et plus tard certains profs que j’ai eu en horticulture, que les fruits du pyracantha étaient un poison, que c’était dangereux (enfin les profs, eux ne savaient pas donc… « Quand on sait pas on ne touche pas »). Or ces fruits sont tout à fait comestibles. Qui leurs a transmis cela ?

Peu de gens transmettent l’esprit critique, la liberté, le respect profond de la vie, l’égalité de tout chose (tiens… ça me rappelle quelque chose), …etc. Peu de gens apprennent à bousculer les idées reçues, les préjugés et à décoller toutes ces étiquettes en arrêtant d'en coller…

Alors oui, ça dérange du monde de ne plus rentrer dans le moule, de ne pas être le petit mouton. D’exploser les schémas, les croyances, la culture.

Cela ne dispense pas du respect, de l’amour, envers soi et envers l’autre. Ne sommes-nous pas là pour vivre la joie ? Devenez passeur d’orage (celui qui ouvre la cage*), invitez à ouvrir la porte tout en laissant libre les choix, sans étiquette.



Réapprenez par vous-même, faites votre expérience, tirez vos conclusions, remettez-vous en doute après, confrontez vos idées, expériences… enlevez le superflu pour ne garder que le principe de vie, l’essence… adaptable à toute chose sans s’y attacher, sans que ce soit ultime ou une fin en soi. C’est un peu comme une respiration, comme les vagues de l’océan, inspirer (être plein, entier, devenir l’univers)) expirer (être vide, rien, mourir, …) être tout et rien à la fois, dans un cycle sans fin.

Savoir conjuguer ces deux états… et ne rien savoir.

J’ai eu la chance de croiser quelques rares personnes comme cela et heureusement qu’il en existe encore. 

La survie c’est un peu ça, c’est pour moi une école de vie, un condensé de la vie, un retour à l’essentiel, le point zéro, vivre l’instant présent, se reconnecter à l’essentiel. Et ça on le voit bien, de plus de plus de gens le recherchent, en ont besoin et y vont.

Cette relation avec la nature, à la vie, est une vrai relation maître-élève.


En relisant et finalisant cet article, le passage sur le fait « d’exploser les schémas » m’a fait penser à un article de David Manise «l’esprit du « hacker»», petit clin d’œil pour compléter et bonne lecture.



*OLIVIER GAURIN, Comprendre l'aïkido, 2001, édition de l'éveil.

(à venir: Saison 2 épisode 1  pourquoi la survie ?)